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EXTRAIT ZERos + uns SADDIE PLANT

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Emportée

«Son amant lui avait demandé si elle était “venue605” “Je suis là non?”, avait-elle répondu, interloquée. Elle n’avait jamais entendu parler d’un orgasme. On lui avait dit qu’ils étaient simplement censés se produire. Elle attendit. Ils ne se produi-sirent pas. Elle simula. Elle consulta une série de psychiatres qui lui dirent qu’elle avait un faible appétit sexuel et lui conseil-lèrent de s’adonner à un hobby pour se divertir. » Le crochet, peut-être. Ou la botanique. «Elle demanda à l’un d’entre eux comment il se sentirait s’il n’avait jamais eu d’orgasme. Il lui dit que c’était différent. Les hommes en avaient 606. »

<Freud a raison, écrit Baudrillard; il n’y a qu’une seule sexualité, qu’une seule libido masculine.» La sexualité est <centrée sur le phallus, la castration, le nom du père, le re-foulement. Il n’y en a pas d’autre. » Et à coup sûr, «rien ne sert de rêver de quelque sexualité non phallique, non barrée, non marquée607. »>

Devant pareils dénis de la sexualité féminine, il est peu surprenant que «des orgasmes, comme on les veut soit de-venu le cri de ralliement d’un féminisme du XXe siècle de plus en plus conscient du confinement auquel avait été soumis la sexualité féminine. «Il fallait que […] les femmes jouissent. On allait prendre les moyens de les libérer et de les faire jouir6508, Il s’agissait de bien plus qu’une simple revendication à un accès égal aux plaisirs qui avaient été monopolisés par Thomme. «L’orgasme masculin, lui, signifiait simultanément l’auto-maitrise et l’auto-suffisance, à la fois propriété de soi et la transcendance du corps à travers la raison et le désir. l’autonomie et l’extase», et il y avait l’idée que «n’étant plus enfermées dans la fissure entre normal et pathologique, les femmes à orgasmes multiples, non marquées, universelles, pouvaient enfin se retrouver en possession de la raison, du désir, de la citoyenneté et de l’individualité609.»

Ou cela était-il destiné à la conduire à une autre concep-tion masculine du sexe? Qui était ce «on» qui «veut>?<«<Les revendications universalistes de liberté et d’égalité de l’homme à l’époque des Lumières n’excluaient pas intrinsèquement la moitié féminine de l’humanité 610», mais elles ne l’avaient pas exactement intégrée. Une petite affaire de fraternité, troisième grand principe du monde moderne, garantissait que les droits humains étaient à nouveau les droits de l’homme. Elle ne pou-vait hériter de la qualité de membre: cette propriété vitale se transmettait strictement selon des termes patrilinéaires. Le statut d’associé était non seulement accessible, mais requis. Elle devait s’unir à la famille de l’homme. Tout le monde de-vait bien s’en tenir à être un être humain. Et il faut toujours s’en souvenir. Il n’est pas permis de renoncer à la qualité de membre. Les corps doivent être codés et unifiés: <«tu seras organisé, tu seras un organisme, tu articuleras ton corps sinon tu ne seras qu’un dépravé611, »

Avant la fin du XVIIIe siècle, à l’époque où la plupart des auteurs médicaux supposaient que le plaisir sexuel orgasmique femelle était essentiel à la procréation », les femmes étaient incitées à prendre du plaisir dans les limites du lit marital. Leur plaisir était congruent à la reproduction, et c’est seulement lorsque les experts autodésignés de la nouvelle médecine mo-derne les examinèrent de plus près que ce raisonnement com-mença à battre de l’aile. Et dès que les orgasmes féminins ont perdu la légitimité d’un lien direct à la capacité reproductive, ils en sont venus à sembler inexistants ou pathologiques 612». Rien du tout, ou alors beaucoup trop.

Il s’agissait là bien plus que d’un changement de point de vue. Il semble que la forme du corps des femmes ait été très littéralement modifiée pour y correspondre. « À la fin du XIXe siècle, les chirurgiens enlevaient le clitoris de certaines de leurs patientes femelles (female) pour les reconstituer en tant que proprement féminines (feminine), différentes sans ambiguité des males (male) qui semblaient, eux, être presque une autre espèce613,⟫

  1. Une affaire parmi d’autres de violence sexuelle Xa «dix ans, elle est frêle, mince, nerveuse, extrêmement intelligente… Un autre cas d’excès de sexe, mais cette fois-ci trop de sexe avec elle-même. «Le fouet semblait la rendre stupide, plus fourbe, plus perverse, plus malveillante. Même sous surveillance constante, elle parvenait à se satisfaire de mille façons différentes. Quand elle ne parvenait pas à tromper ses gardiens, elle rentrait dans des colères les plus terribles 614…» Traitement recommandé: «douches froides, bromure de potassium et d’ammonium, deux grammes par vingt-quatre heures. Vin ferrugineux, une alimentation variée pour renforcer le système. Dans les jours suivant, X apparut mentalement plus calme. Elle n’avait pas d’hallucinations. Elle reconnut cependant s’être laissée aller plusieurs fois615…»

«Ceinture pelvienne, camisole de force, liens, conten-tions, la surveillance la plus assidue ne débouchaient que sur l’invention de nouveaux moyens inspirés par la ruse et l’astuce. Les médecins commencèrent à perdre espoir à son sujet. «Il n’y a que la cautérisation par un fer porté au rouge qui ait donné des résultats satisfaisants», concluent-ils. «Il est raisonnable d’inférer que la cautérisation […] diminue la sensibilité du clitoris, qui peut être complètement détruit si l’opération est répétée un certain nombre de fois 616,»

Si la nymphomanie - littéralement, un intérêt trop grand pour les nymphes, les lèvres (génitales) - pouvait suffire à

déclencher pareille violence, les gouvernants étaient tout aus-si préoccupés par l’idée qu’elle n’était pas assez satisfaite. Pour l’analyste, tout effondrement de la machinerie mentale ou émotionnelle ne peut être rapporté qu’à une seule cause. Une vie sexuelle qui n’a pas été suffisamment remplie617 » La chasteté, notamment parce qu’elle impliquait insidieusement que les femmes n’avaient pas besoin des hommes, pouvait s’avérer bien plus déconcertante que les problèmes censément associés à une trop grande activité sexuelle.

Trop peu, trop, trop vide, trop plein: la répression de la sexualité féminine a toujours été une question de régulation et de contrôle. La sexualité féminine idéale n’était ni trop active, ni impassible, mais juste comme il fallait… et juste pour lui. Mesurée et équilibrée, sans se laisser emporter par un état de surexcitation incontrôlée, ni sombrer par un manque de stimuli suffisants. Juste le bon degré de satisfaction, rien de plus et rien de moins. Laissée à ses propres moyens… mais cela, bien sûr, ne pouvait être toléré. Elle ne disposait pas de l’équipement adéquat pour garantir le contrôle d’elle-même, sa loyauté envers la machine reproductive. Et sans sa complicité, l’ensemble du système reproductif s’effondrerait.

C’est le privilège terrifiant du sexe libéré que de pré-tendre au monopole de son propre sexe: «je ne vivrai même plus dans vos rêves. » L’homme doit rester maitre de la femme idéale618.

J. Baudrillard, Cool memories

Convaincu que toutes les tentatives visant à libérer une sexua-lité, un sexe, censément authentique étaient vouées à exacerber la contention des corps qu’elles prétendaient vouloir libérer. Foucault rejetait les tentatives visant à libérer et prolonger le sexe orgasmique. «L’apologie reichienne de l’orgasme lui ap-paraissant alors comme le moyen de localiser les possibilités du plaisir dans le sexuel» allant jusqu’à suggérer qu’il fallait se débarrasser de la sexualité», afin de retirer au corps ses contrôles formels, désactiver les mécanismes d’autoprotec tion et de sécurité qui associent intensité et reproduction. avec les «plaisirs intenses de l’expérimentation sexuelle. Foucault ne doutait pas que certaines drogues rivalisaient l’orgasme les concentre et les localise. «les comprimés jaunes ou la cocaïne ont pour effet de l’exploser et de le diffuser à travers le corps, devenu lieu général d’un plaisir total 619, Le plan sur lequel il s’oublie, omet d’en être un «J’ai démembré ton corps. Nos mains caressantes ne rassemblaient pas d’information ni ne dévoilaient de secrets, étaient les tentacules d’invertébrés acéphales; nos ventres et nos flancs et nos cuisses penchaient pour un contact qui ap-préhende et ne retient rien. Ce que nos corps faisaient nul ne le faisait 620 » Démembrement: contre-mémoire. Une nouvelle génération a oublié ce que ses organes étaient censés faire pour leur sentiment de soi ou la reproduction de l’espèce, et a appris au contraire à laisser son corps apprendre ce qu’il pouvait faire sans programmer par avance le désir, «en faisant de son corps un lieu de production de plaisirs extraordinairement polymorphes, et en même temps détachés des valorisations du sexe et particulièrement du sexe måle621.

Ce n’est que le début d’un processus qui renonce au mo-dèle d’un organisme unifié et centralisé, le «corps organique, organisé selon sa survie622», en faveur d’un schéma de sexe fluide. «Les flux d’intensité, leurs fluides, leurs fibres, leurs continuums et leurs conjonctions d’affects, le vent, une seg-mentation fine, les micro-perceptions ont remplacé le monde du sujet 623, » À présent, il y a «ces systèmes centrés, [aux-quels] les auteurs opposent des systèmes acentrés, réseaux d’automates finis, où la communication se fait d’un voisin à un voisin quelconque624 » et «nous aussi nous sommes des flux de matière et d’énergie (lumière solaire, oxygène, eau, protéine, etc.) 625». Le Corps lesbien est très en avance: «Des perforations se produisent dans ton corps et dans m/on corps joints, nos muscles accolés par homologie s’écartent, le pre-mier courant d’air qui s’infiltre dans la brèche se propage à une vitesse folle, faisant rafale au-dedans de toi et au-dedans de m/oi en même temps626. »>

<Ouvrez le prétendu corps et déployez toutes ses surfaces: non seulement la peau avec chacun de ses plis, rides, cicatrices, avec ses grands plans veloutés, […] mais ouvrez et étalez, ex-plicitez les grandes lèvres, les petites lèvres avec leur réseau bleu et baignées de mucus, dilatez le diaphragme du sphincter anal627 » et ainsi de suite à travers chaque zone organisée d’un corps qui commence à s’étaler sur l’« immense membrane de la grande peau éphémère de Lyotard, en contact non seulement avec elle-même mais avec « des textures les plus hétérogènes, os, épithéliums, feuilles à écrire, airs à faire vibrer, aciers, verreries, peuples, herbes, toiles à peindre. Toutes ces zones sont aboutées en une bande sans verso, bande de Moebius628

Une fois qu’il élimine l’horizon reproductif, le sexe explose au-delà de l’humain et de ses désirs convenables. Les corps humains, codés suivant deux sexes distincts et définis par leurs organes reproductifs, impliquent aussi « de multiples combinaisons moléculaires, qui mettent en jeu non seule-ment l’homme dans la femme et la femme dans l’homme, mais le rapport de chacun dans l’autre avec l’animal, la plante, etc.: mille petits-sexes629». Chaque corps unifié dissimule une foule: dans chaque créature vivante solitaire se trouve une nuée de choses qui ne sont pas la créature630. » Même le plus unifié des individus est intiment lié à des réseaux qui le poussent au-delà de ses limites propres, en lui grouillent de vastes populations de vie inorganique dont les réplications perturbent même les notions anthropocentriques les plus perverses de ce que signifie avoir un sexe ou le pratiquer.

Liées et assujetties au formalisme de l’intégrité orga-nique, de telles activités moléculaires perturbent assez peu l’impression de sécurité et de fixation sur un moi centrali-sé. «Quand elles ne le menacent pas au point de l’obliger à prendre position à leur égard, il se divertit à leur fluidité, à leur légèreté. » Il peut même être somptueux, et il n’est certainement pas difficile, de se concevoir comme une com-plexité multiple et mouvante. C’est la position familière du théoricien postmoderne, connu pour la prise intellectuelle impressionnante qu’il exerce sur une instabilité qui n’a jamais exigé de lui de perdre le contrôle. Mais il n’a pas toujours le choix: «Elles atteignent souvent une intensité qui lui ôte ses dernières possibilités d’orientation. » À ce moment-là. les choses ne sont pas aussi faciles et amusantes. Et comme Elias Canetti le souligne, s’il atteint le stade où tout se met à vaciller et à couler sans interruption, l’inquiétude s’empare naturellement de son âme631. »> 217

Peu importe qu’il connaisse les vastes populations de vie inorganique, les « mille petits-sexes» qui circulent dans ses veines avec une promiscuité qu’il ne peut concevoir. Il est celui qui passe à côté. Qui ne parvient pas à s’adapter. Ne voit pas l’objet de sa sexualité. Ceux qui croient en leur propre intégrité organique sont bien trop humains pour le futur que vivait Ada. Elle aimait les microbes bien avant de savoir même qu’ils étaient là, «Savez-vous qu’il m’est très agréable d’avoir un esprit tellement sensible qu’il est comme un laboratoire expé-rimental, toujours à ma disposition et inséparable de moi632>

Elle n’a jamais cru aux déguisements qu’elle portait, les histoires qu’elle écrivait pour couvrir, dissimuler les rythmes et les vitesses du « sexe non humain, […] les éléments ma-chiniques moléculaires, leurs agencements et leurs syn-thèses633 qui composaient la chose qu’on appelait elle-même. Au contraire, elle est en contact avec les microprocessus qui l’excitent, exploitant le plan du désir impersonnel en attente du sexe humain, un désir qui « na pas pour objet des personnes ou des choses, mais des milieux tout entiers qu›il parcourt, des vibrations et flux de toute nature qu›il épouse, en y intro-duisant des coupures, des captures, un désir toujours nomade el migrant 634». Elle n’avait pas, après tout, un sexe unique, un sexe qui appartenait à quelque chose appelé elle-même. Son corps n’avait pas simplement été exclus des conceptions orthodoxes de ce que signifie être humain: il avait refusé de se conformer aux définitions masculines de la vie organique. Sur les courbes d’apprentissage de son corps, elle a découvert qu’il ou même comme plusieurs uns: lèvres, paumes, oreilles, poils, avait trop de zones, trop fluides pour être comptées comme un, doigts, cuisses, orteils, plantes du pied, mamelons, poignets, épaules, régions nichées, toujours plus dispersées et localisées, plus larges et plus petites, une liste sans fin. Non «le clitoris ou le col utérin, et la matrice, et les seins. Ce qui aurait pu, aurait vagin, mais le clitoris et le vagin, et les lèvres, et la vulve, et bétonner ceux qui observaient, et ne faisaient qu’observer, manque, c’est la pluralité des zone zones érogènes génitales, si on tient à ce terme, dans la sexualité féminine635 » Toujours 218

plus de détails et de complexité. Irigaray parle de «ce toucher d’au moins deux (lèvres) qui maintient la femme en contact avec elle-même, mais sans discrimination possible de ce qui se touche636.»>

Elle peut sembler bien organisée, mais son corps est à la fois multiple et malléable, non seulement nombreux, mais aussi changeant. Dans le féminaire de Wittig, <le gland du clitoris et le corps du clitoris sont décrits comme encapu-chonnés. Il est écrit que le prépuce à la base du gland peut se mouvoir le long de l’organe en provoquant une vive sensation de plaisir. Elles disent que le clitoris est un organe érectile. II est écrit qu’il bifurque à droite et à gauche, qu’il se coude, se prolongeant dans deux corps érectiles, appuyés contre l’os pubien. Ces deux corps ne sont pas visibles. L’ensemble est une zone érogène intense qui irradie tout le sexe en en faisant un organe impatient au plaisir. Elles le comparent au mercure aussi appelé vif-argent pour sa promptitude à se disséminer, à se propager, à changer de forme637. »>

Explorer ce que de tels corps peuvent accomplir n’est plus une question de libération, de liberté sexuelle, ou d’au-thenticité. Il ne s’agissait pas de se remembrer elle-même, mais au contraire de démembrer le sexe unique qui les avait maintenues en conformité, de « mettre en pièces des corps, ses éléments ou pulsations de surface particulières, qui s’intensi-fient, pour eux-mêmes et non pour le bénéfice de l’entité ou de l’organisme comme un tout 638. » «La demande de “passivité” n’est pas la demande d’esclavage, la demande de dépendance pas la prière d’être dominé639. » Quand elle exige: buvez-moi, mangez-moi, <“Faites usage de moi» […] que veut-elle, celle qui demande cela, dans l’aridité et l’exaspération de tous ses morceaux de corps, la femme-orchestre? Elle veut se rendre maîtresse de son maître, et tout cela, vous croyez? Allons! Elle veut que vous périssiez avec elle, elle désire que les limites d’exclusion soient repoussées, le balayage de tous les tissus, la tactilité immense. le tact de ce qui se referme sur soi sans faire coffre et de ce qui s’étend sans cesse hors de soi sans faire conquête 640.»

Tactilité immense, contact, possibilité de la commu-nication. La clôture sans la boîte: comme un circuit, une connexion. « Ce qui intéresse les adeptes du sadomasochisme est le fait que la relation est à la fois soumise à des règles et ouverte⟫, écrit Foucault. C’est un «mélange de règles et d’ou-verture641». Extension incessante: le corps pourchassant sa propre issue. Devenir «ce qui n’en est pas un»; devenir femme, qui «a des sexes un peu partout642». Est-ce que c’est sortir de la chair? Ne pas simplement quitter le corps, mais aller plus loin que l’organisme; accéder à une exaltation en quelque sorte autonome de ses moindres parties, des moindres possibilités d’un fragment du corps643».

«“Faites usage de moi” » écrivait Lyotard, est un «énon-cé d’une simplicité vertigineuse, il n’est pas mystique, mais matérialiste. Que je sois ta plage et tes tissus, que tu sois mes orifices et mes paumes et mes membranes, perdons-nous, laissons le pouvoir et la justification immonde par la dia-lectique du rachat, soyons morts. Et non pas: que je meure de votre main, comme dit Masoch644. » C’est aussi <«le lien sado-masochiste [de la prostituée] qui finit par vous faire éprouver “quelque chose” pour vos souteneurs. Ce quelque chose ne porte pas de nom. C’est au-delà de l’amour et de la haine, au-delà des sentiments, une joie sauvage, mêlée de honte, la joie de subir et de tenir le coup, d’appartenir, et de se sentir libérée de la liberté. Cela doit exister chez toutes les femmes, dans tous les couples, à des degrés moindres ou inconscients. Je ne saurais vraiment l’expliquer. C’est une drogue, comme une impression de vivre sa vie plusieurs fois en même temps, avec une intensité incroyable 645 » C’est la <chose “innommable”, “inutilisable”> de Foucault, <hors de tous les programmes du désir: c’est le corps rendu entièrement plastique par le plaisir: quelque chose qui s’ouvre, qui se tend, qui palpite, qui bat, qui bée646 »> C’est, écrit Freud, le gardien

de notre vie d’âme pour ainsi dire narcotisé647 »

Je vous ai arraché la volonté et la personne, comme des colliers et des chaines 648, » Ce qui reste est machinique, inhumain, au-delà de l’émotion, de la sujétion: «l’illusion de navoir aucun choix, l’excitation d’étre possédé 649 Pat Califia: Il voulait tout. La consommation. Être utilisé, être com-pietement utilisé. Etre absorbé dans ses yeux, sa bouche, son sexe, faire partie de sa substance à elle 650»

Foucault écrit que «Les adeptes du SM] inventent de nouvelles possibilités de plaisir en utilisant certaines parties bizarres de leur corps [..] nous avons là une sorte de création, d’entreprise créatrice, dont l’une des principales caractéris-tiques est ce que j’appelle la désexualisation du plaisir651, Au-delà de leurs excitations superficielles, de telles expériences participent d’une démultiplication, d’un bourgeonnement du corps, une exaltation en quelque sorte autonome de ses moindres parties, des moindres possibilités d’un fragment du corps. Il y a là anarchisation du corps où les hiérarchies, les localisations et les dénominations, l’organicité si vous voulez, sont en train de se défaire 652». Pour Foucault, les pratiques physiques de type fist-fucking sont des pratiques que l’on peut nommer comme dévirilisées, voire désexuées. Ce sont en fait d’extraordinaires falsifications du plaisir653», des douleurs poussées même jusqu’au point où elles aussi «deviennent pure extase. Aiguilles à travers la chair. Cire brûlante qui goutte sur des pinces croco. La plus extraordinaire des pressions sur les muscles ou le tissu conjonctif. La frontière entre douleur et plaisir a été franchie654.

Pas même souffrance d’un côté, plaisir de l’autre: cette dichotomie appartient à l’ordre du corps organique, de l’instance supposée unifiée 655. Il y a maintenant un plan, un plateau de langueur. Les creux et les sommets ont convergé en une mer étale, un océan silencieux. Ils ont trouvé leur limite et se sont aplatis. Point de fusion.

Qu’il y ait d’autres moyens, d’autres procédés que le ma-sochisme, et meilleurs certainement, c’est une autre question: il suffit que ce procédé convienne à certains 656 Quoi qu’il faille pour accéder au plan où l’on devient un sexe qui n’en est pas un. Méme sans savoir que cela survient

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